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L’ADEME lance deux nouveaux appels à projets dans le cadre de la révision de la Stratégie nationale hydrogène (SNH II)

Lancée en 2020, la Stratégie nationale hydrogène (SNH) visait à faire de la France un leader de l’hydrogène bas-carbone. Le 16 avril dernier, le gouvernement a dévoilé une version révisée de cette stratégie, baptisée SNH II.
Si le marché de l’hydrogène bas-carbone commence à prendre forme, le déploiement a toutefois été moins rapide qu’attendu, compte tenu notamment des enjeux de maturité des technologies d’électrolyse et d’un coût de production qui reste élevé.

La SNH II doit marquer une nouvelle accélération dans le développement de la filière en redéfinissant les objectifs et les actions prioritaires à mettre en œuvre (1.), qui se traduisent notamment par deux nouveaux appels à projets lancés par l’ADEME (2.).

1. Les objectifs et actions prioritaires de la SNH II

1.1 Les objectifs

La SNH II vise notamment à répondre aux objectifs européens de développement de la production d’hydrogène – passant à 40 GW de capacité installée pour la production d’hydrogène renouvelable dans l’Union européenne d’ici à 2030 (Commission européenne, « Une stratégie de l’hydrogène pour une Europe climatiquement neutre », COM (2020) 301 final, 8 juillet 2020).

La France prévoit d’atteindre une capacité de 4,5 GW d’électrolyse en 2030, et jusqu’à 8 GW en 2035, même si à plus long terme un recours aux importations n’est pas exclu si l’hydrogène bas carbone ou ses dérivés sont plus compétitifs. Les installations de production se déploieront sous forme de hubs d’hydrogène situés en priorité dans les principales zones industrielles compte tenu de l’absence d’un réseau hydrogène à grande échelle. Les installations de stockages et de transports associées pourront apporter à terme des services de flexibilité au réseau électrique.

1.2 Les actions prioritaires de la SNH II

Pour atteindre ses objectifs, la SNH II prévoit notamment :

  • une adaptation du cadre règlementaire aux particularités de la production, du stockage et de l’utilisation de l’hydrogène notamment à travers la mise à jour de la règlementation ICPE ou encore des règles en matière de construction ou de conversion de canalisations de transport existantes actuellement utilisées pour transporter d’autres produits que de l’hydrogène ;
  • la mise en œuvre de mécanismes de soutien à la production d’hydrogène dans le secteur :

– du transport et du raffinage. La taxe incitative relative à l’utilisation des énergies renouvelables dans le transport (TIRUERT) inclura le soutien à l’hydrogène ;

– de l’industrie. Un mécanisme de soutien prenant la forme d’une procédure de mise en concurrence en plusieurs tranches a été lancé par le Ministère de la Transition écologique le 19 décembre 2024 pour une capacité de 200 MW. La phase de candidature est close depuis le 14 mars 2025 . Il est prévu à terme de soutenir une capacité cumulée de 1 GW d’électrolyse en mobilisant environ 4 Md €.

C’est dans ce cadre que l’ADEME lance simultanément deux nouveaux appels à projets (AAP) l’un consacré à l’acquisition de véhicules utilitaires légers (VUL) à hydrogène, l’autre dédié à l’innovation et à la démonstration technologique.

2. Les dispositifs de soutien : l’exemple des deux nouveaux AAP de L’ADEME

  • L’AAP « Véhicules utilitaires légers à hydrogène – VUL H₂ » vise à soutenir le déploiement de la mobilité hydrogène pour les véhicules routiers de transport de personnes ou de marchandises, en concentrant le soutien public sur les catégories de véhicules pour lesquelles l’électrification directe est la moins pertinente à date.

L’objectif est d’accélérer le déploiement de véhicules utilitaires légers à hydrogène (avec pile à combustible), sur l’ensemble du territoire, y compris en outre-mer. Ce soutien cible les zones à fortes contraintes environnementales (comme les ZFE) et les grands axes de transport routier de marchandises et de voyageurs.

Doté d’un budget de 15M €, le soutien sera alloué sous la forme de subventions au regard du seul critère tenant au niveau d’aide demandée rapporté au nombre de véhicules acquis.

Bien que cet AAP ait été lancé sous une forme simplifiée (sans phase de pré-dépôt consistant en une présentation par le porteur de son projet auprès des services de l’ADEME), la phase de réponse semble particulièrement courte, du 17 mai au 27 juin 2025, au regard des enjeux et des ambitions affichées dans la SNH II. A peine lancé, ce dispositif est donc déjà clos.

  • L’AAP « Innovation et démonstration Hydrogène – IDH2 » soutient les travaux d’innovation et de démonstration, permettant de développer ou d’améliorer les composants et systèmes liés à la production, au transport d’hydrogène et à ses usages.

Le financement est mixte (subventions et avances remboursables). Si l’enveloppe globale allouée n’est pas annoncée, les projets retenus devront être d’un montant minimal de 1,5M €.

Les projets seront analysés au regard des critères de sélection suivants :

  • Montage du projet
  • Consortium
  • Plan de financement (projet)
  • Innovation
  • Impacts (notamment performance environnementale, économique, sociale)
  • Réplicabilité de la solution
  • Pertinence du modèle d’affaires
  • Impacts socio- économiques
  • Plan de financement (post­ projet)

Comme habituellement pour les AAP de l’ADEME, les critères ne sont ni pondérés, ni hiérarchisés, ni présentés comme exhaustifs. L’article 5.1 du cahier des charges précise en effet que “les dossiers retenus pour instruction seront notamment évalués selon les critères ci-dessous« , ce qui interroge nécessairement quant au respect des principes d’égalité de traitement et de transparence pourtant applicables à l’attribution d’aides publiques. En effet, le Conseil d’Etat vérifie que les conditions d’attribution des aides (qui établissent la différence de traitement entre les bénéficiaires et non-bénéficiaires) reposent sur des critères objectifs et dans le respect des principes d’égalité et de non-discrimination (pour un exemple concernant l’éligibilité des entreprises au fonds de solidarité dans le cadre de la crise du covid-19 : CE, 17 juin 2021, n° 440330, cons. 26).

Cet AAP est ouvert jusqu’au 25 septembre 2026 avec trois échéances de remise de candidature, dont la première le 29 septembre 2025.

Il convient d’avoir en tête que l’ADEME peut décider de clore l’AAP de manière anticipée selon le niveau de consommation de l’enveloppe dédiée.

Autrement dit les premiers arrivés seront les premiers servis.

[1] Notamment les zones industrielles de Fos-sur-Mer, Dunkerque, Le Havre-Estuaire de la Seine, Vallée de la Chimie et de la Moselle Rhin sur la période 2030-2035.
[2] Installations classées pour la protection de l’environnement.
[3]

Voir aussi...